Cher journal...
... Je vais mal.
Bonsoir chacun, chacune,
Je vais tout de suite être honnête, j’ai franchement pensé décaler la publication de cette newsletter à la semaine prochaine. Je ne sais pas si c’est la chaleur – promis, je n’aborde plus le sujet après –, l’idée que c’est la dernière avant fin août – pause annuelle en juillet –, la « coquinerie » de me dire que personne ne se rendrait compte qu’elle partirait le premier mercredi du mois de juillet – équivalent au 1er juillet en plus – et non le dernier du mois de juin, mais j’ai été fort tentée.
Et puis, j’ai repensé à cette rencontre du mois de juin et je me suis dit : « Non, c’est ce mois-ci que tu en parles. » Bienvenue dans mon cerveau et dans toutes les idées qui me traversent !
Au menu ce soir, une rencontre, presque un rendez-vous, les livres du mois et une remarque positive, alors que je suis souvent critique parce que chauvine…
Le coin métier…
Pas d’astuce, pas d’argument, un homme. Un auteur, ancien journaliste dont, pour dire vrai, je connais à peine le parcours professionnel. Mais cet homme, cet auteur, a été le premier à sérieusement me questionner sur la biographe que je serais alors que je lisais un de ses livres les plus emblématiques dans la profession : La Légende de nos pères.
Cet homme, cet auteur, c’est Sorj Chalandon bien entendu. Dans ce livre que j’ai dévoré en 2021 avant même d’être installée, une fille commande la biographie de son père à un biographe. Et je résume, mais au fur et à mesure des entretiens, le biographe réalise que le narrateur lui ment et il enquête. Le résistant ne l’était pas, il était collabo. Je ne raconte pas la suite ; je rappelle juste que par ces mots, par cette histoire, Sorj Chalandon a tenté de faire comprendre à son propre père qu’il avait compris qui il était vraiment.
Ce livre m’avait profondément marquée – et c’est toujours le cas –, car je me demande toujours comment je devrais me comporter si j’étais confrontée à cette situation de mensonge mis au jour. Et je pense que comme faire face à un hold-up dans une banque – j’ai toujours des références du passé –, ce n’est que devant la situation que l’on décide.
Mais avec ce livre, et une première rencontre à la Foire du Livre à Brive sont nés des échanges réguliers avec l’auteur. Je me souviens lorsqu’il m’avait demandé si son texte était crédible. J’avais répondu que oui, sauf sur le tarif ! Tous les deux ans, en cité gaillarde, nous discutons avec plaisir. Il est comme moi, pas franchement physionomiste, alors je dois toujours lui rappeler qui je suis, et après c’est reparti. Nous nous étions aussi vus à Limoges il y a deux ans alors qu’il était président de Lire à Limoges. Nous avions conversé sur une éventuelle préface qu’il pourrait écrire pour le livre de l’association Biographicus. Il avait décliné, ne se sentant pas légitime.
Cet automne, je l’avais revu sous la halle Georges Brassens en novembre dernier, tout sourire. Je lui avais offert un exemplaire de ce livre professionnel et collectif enfin abouti, il m’avait fait écrire ma toute première dédicace. Je lui avais parlé de ma collaboration avec Margaux Mulliez dont le livre allait être publié chez Grasset, comme lui.
Novembre 2025, tout allait bien…
Depuis, « l’affaire Nora », son éditeur de cœur limogé du jour au lendemain par Voncent Bolloré – Sorj Chalandon m’a expliqué que l’éditeur continue en réalité d’aller au bureau tous les jours, qu’il n’est pas encore juridiquement licencié. Depuis, son monde d’écrivain a basculé.
Et je ne suis pas là pour commenter. Je me souviens juste qu’il y a un an tout juste, Margaux me narrait sa formidable rencontre avec le « patron » de Grasset.
6 juin 2026, fidèle au salon, Sorj Chalandon est présent à Lire à Limoges. Je ne peux m’empêcher d’aller le saluer. Il me raconte son désarroi, son état et la modification de son rapport à l’écriture.
Et cela m’a fait réfléchir quant à mes clients : doit-on écrire au moment même où l’on vit les événements lorsque notre objectif est une publication, ne serait-ce que familiale ? Ou doit-on attendre ?
Quand je lui ai demandé s’il arrivait à écrire – normalement, à ce stade, il prépare le livre suivant –, il m’a répondu : « Pour le moment, je ne suis capable que d’écrire Cher journal, je vais mal. Ça ne donne pas un texte que l’on édite. »
P.-S. Bien entendu, en ce qui le concerne, la question va plus loin. Pour le moment, il n’a plus de maison d’édition, et pour reprendre la comparaison footballistique qu’il a utilisée : il n’y a pas vraiment de mercato.
Les livres du mois
Alors pour le premier que je vais évoquer, il faut quand même que je vous dise qu’il bat des records d’attente dans ma pile à lire. Je l’ai acheté alors que je travaillais encore à la banque et que je recevais une cliente, Marie-Cécile, qui faisait partie d’un club de lecture et avec qui nous causions bien plus littérature que comptes bancaires. Elle avait plus de 90 ans et respirait la joie de vivre.
Ce livre, c’est Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy, et je l’ai adoré ! Il s’agit d’un récit qui fait cohabiter deux époques différentes, la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin de la première décennie des années 2000. Nous y découvrons Elsie, jeune Allemande, fille d’un couple de boulangers protégés par un militaire nazi, dont elle deviendra la fiancée. Tout bascule pour elle lorsqu’un petit garçon juif toque à sa porte.
Et nous suivons Reba, journaliste aux États-Unis, qui vient justement interviewer Elsie depuis longtemps installée de l’autre côté de l’Atlantique sur les traditions de Noël dans son pays natal.
C’est un livre qui laisse une trace parce que nous pourrions tous et toutes être Elsie si nous étions nées de l’autre côté du Rhin. Et c’est impressionnant de se demander quelle jeune fille on aurait été, quelle démarche on aurait adoptée avec ce petit Juif après avoir subi une telle propagande hitlérienne.
Ce n’est pas tant l’écriture en elle-même que les questions posées qui nous imprègnent durablement.
En aparté, il y a une pensée de la journaliste qui m’a fait penser à ma méthode de travail avec mes narrateurs : « Une fois rentrée chez elle, elle avait retranscrit l’enregistrement dans l’espoir d’être passée à côté d’une réflexion réjouissante en prenant des notes. » Enregistrer, pour ne rater aucune pépite…
Quant au second, je me suis laissé convaincre par un auteur, que je ne connaissais absolument pas, dans un salon du livre local à quelques kilomètres de Limoges. C’est L’Œuvre du serpent de Norman Jangot. Déjà, il a réussi un tour de forec : me faire tenir dans les mains de nombreux soirs un livre dont la couverture représente un serpent et dont une catégorie d’hommes et de femmes est surnommée Pythons. Je suis ophiophobe !
Ce livre est un polar un peu inclassable. Il se déroule dans un Paris transformé par l’Onde, une onde de choc générée par des hommes ayant titillé le cœur de la Terre. Cela a même donné naissance à un nouveau calendrier, l’Onde représentant l’an 0.
Une partie des humains est devenue des « serpents », des personnes sans odeur et à l’intuition surdéveloppée. Beaucoup ont intégré la police et remplacé les enquêteurs « à l’ancienne », ceux qui recueillaient de vrais indices. Bien évidemment, lors d’une enquête, cette intuition va être mise à mal.
Plusieurs fois, l’auteur fait référence à divers travaux de Carl Gustav Jung, psychiatre suisse qui a été un des premiers à établir différents types de personnalités – introvertis, extravertis, intuitifs, factuels, etc. – et différents types de fonctionnements et tout le roman s’articule autour de cela, peut-être parfois ma manière un peu caricaturale.
Pour autant, je me suis laissé entraîner avec plaisir dans les méandres psychologiques des différents personnages, encore plus dans la dernière partie qu’au début.
Ensuite, j’ai eu trois lectures totalement différentes sur lesquelles je vais passer un peu plus rapidement :
La Victoire est en nous d’Emmanuel Girin. Je l’ai déjà évoqué sur un réseau social, je connaissais déjà ce texte puisque j’avais travaillé avec son auteur il y a plus d’un an de cela. Entrepreneur et sportif de haut niveau, Emmanuel allie dans son livre la méthode qu’il applique pour assurer ses performances sportives – attention, la performance n’est pas forcément liée à l’obtention d’un podium ! –, une réflexion sur ce qu’est un rêve VITAL et un témoignage.
Un livre que les températures et la configuration actuelles m’ont fait relire… Mince, j’avais dit que je ne parlais plus de chaleur. Ce livre, je l’ai aussi parcouru à nouveau parce qu’il fait écho à un travail en cours, mais dont je ne peux rien dire. Enfin, Rêvons d’une autre ville, je vous l’avais déjà présenté ici. C’était dans ma deuxième newsletter.
Et pour terminer, un peu de philosophie avec Charles Pépin ! « Pouvons-nous être heureux dans un monde injuste ? », « Pourquoi l’admiration nous fait-elle tant de bien ? », « L’intelligence est-elle compatible avec la prise de risques ? » ne sont que quelques exemples des nombreuses questions auxquelles le philosophe répond – propose des pistes de réponse serait plus juste – dans son dernier essai Où trouver la force et autres questions existentielles. Cela paraît simple, mais des fois, plusieurs lectures me sont nécessaires pour bien saisir les nuances !
Avez-vous lu certains de ces livres ? Qu’en avez-vous pensé ?
La note positive
On ne va pas se mentir, je suis assez chauvine sur un point précis… La Foire du Livre. Tout en sachant d’où ce salon vient et que certaines personnes ne l’apprécient pas justement parce qu’il y a trop de monde, moi, je ne jure que par elle.
Alors quand j’ai aménagé à Limoges et découvert Lire à Limoges, j’ai pu être hautaine alors même qu’un auteur, Jean-Baptiste de Froment, avait argumenté que c’était l’un des plus grands salons de printemps. Et encore, il se tenait au Champ de Juillet, était spacieux. Quand il a été décidé de le déplacer à la patinoire, j’ai été ouvertement critique. Cela n’avait l’air de rien. Mais cette année, je dois reconnaître que l’écrin de l’ancien manège de cavalerie offert à Lire à Limoges lui a conféré une ambiance particulière, plus que charmante. Quand je n’aime pas, je le dis. Mais là, que c’était réussi et que les livres méritent bien cela !
(Avec toutes mes excuses, j’ai fait une capture d’écran et je suis incapable de créditer la photo…)
Je vous souhaite un bon été et vous donne rendez-vous le 26 août prochain !








Merci pour ce récit que tu nous partages autour de ce que vit Sorj Chalandon dont moi aussi, je suis aficionada. J'ai lu et relu La Légende de nos pères. Incontournable. L'enragé aussi. Je croise les doigts pour que cet auteur trouve de nouveau matière à faire vivre l'histoire d'une autre manière.
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Et pour tes partages de lecture avant l'été aussi... bien vu ! ;-)
Hélie
Elle a l'air magnifique cette halle !! 😍