Je ne serai jamais – je crois – influenceuse littéraire !
Mais pourquoi je pense à ça ?
Bonsoir tout le monde,
Deux mois sont déjà passés, l’été n’est pas terminé mais les jours raccourcissent déjà.
Deux mois sont passés, mois pendant lesquels je lis le plus, comme de nombreuses personnes – peut-être même les retraités ! Rythme différent, contraintes différentes, disponibilité différente.
Au bout de ces deux mois, j’aime bien faire le bilan de mes lectures.
Mais avant, voici une petite réflexion que je me suis fait devant les nombreux post des influenceurs littéraires…
La réflexion du mois
Grande nouveauté de fin 2024, j’ai créé un compte Instagram – j’en ai déjà parlé – et bien entendu, je suis pas mal d’influenceurs littéraires. Mais je ne m’imaginais pas ce que ça représentait. D’autant plus avec la rentrée littéraire…
Il y a quelques jours, sur LinkedIn, une consœur biographe s’inquiétait parce qu’elle se rend compte qu’elle perd le goût de lire depuis qu’elle écrit pour les autres. Elle ausculte les textes, vérifie, etc. Bien entendu, je fais pareil, tout en conservant le plaisir de me plonger dans le vie de personnages que je ne rencontrerais jamais sans cela. Et pour cause, bien souvent, ils sont fictifs !
Mais vraiment, je me demande ce que ça serait si je devais lire pour publier quasi quotidiennement sur un réseau social mes analyses. Qu’est-ce que ce serait si je devais lire à un rythme effréné des livres qu’on m’enverrait pour les promouvoir ?
Vous me direz que ce n’est pas nouveau, qu’il y a toujours eu des critiques et des chroniqueurs littéraires, mais là encore, les réseaux sociaux ont accéléré la cadence. À quel moment risque-t-on de perdre le plaisir ?
Alors voilà, je ne pense pas que je serai un jour influenceuse littéraire - en même temps, vous n’en avez rien à faire – parce que :
je ne lis vraiment pas assez vite,
ce n’est pas parce qu’on me l’enverrait que j’aurais envie de lire un livre,
ce n’est pas parce qu’il vient de sortir que c’est le moment pour moi de le lire,
je me trouve déjà bien assez liée aux réseaux sociaux pour mon activité.
Sur ce, comme la vie n’est que contradictions incessantes, je m’en vais vous présenter mes lectures de l’été. Qui sait ? Cela influencera peut-être vos prochains choix !
Mes livres de l’été (qui peuvent aussi se lire en hiver !)
Allez, je vais faire une sorte de classement !
Ceux qui m’ont le moins touchée…
Je sens que je vais me faire voler dans les plumes parce que ce sont des succès de librairie, des grands succès de librairie !
La palme revient à Valérie Perrin avec Changer l’eau des fleurs. Autant j’avais aimé Les Oubliés du dimanche - son premier roman -, autant là, j’ai trop vu la mécanique bien huilée de ce type de livre feel-good. Mais bon, je reste biographe et j’ai été sensible au personnage de Julien Seul qui découvrait les secrets de sa mère dans ses carnets après son décès :
— Qu’est-ce que ça vous fait de découvrir l’autre vie de votre mère dans son journal ?
— C’est comme si je lisais l’histoire de quelqu’un d’autre, une inconnue […].
Et vous que ferez-vous de vos carnets ? Et si vous transmettiez votre histoire avant votre disparition ?
Le deuxième, eh bien c’est pareil, j’avais adoré son premier livre, Toutes les histoires d’amour du monde – une histoire vraie de secret révélé dans un carnet après un décès, tiens donc ! Là, dans Où vont les larmes quand elles sèchent, j’ai trouvé le texte de Baptiste Beaulieu joli, mais pas “transcendant”. Quelques magnifiques phrases, je ne dis pas, mais ça ne m’a pas suffi.
Pour moi, les deux livres dont je viens de parler avaient le même défaut : trop de personnages qui s’entrecroisent alors qu’ils n’avaient pas vraiment de lien au départ.
Le troisième et dernier, c’est La Tresse de Laetitia Colombani. Attention, je ne dis pas que je n’ai pas aimé, loin de là. D’ailleurs, j’ai préféré ce livre au Cerf-volant que j’avais lu dans l’année – bizarrement, La Tresse est son premier roman. L’histoire est très bien pensée, le vocabulaire est plus soigné que dans Le Cerf-volant, l’intrigue est bien menée et touchante, mais… mais je crois que j’ai lu en même temps des livres qui m’ont beaucoup plus portée. Tout simplement.
Mon bonbon
Mon petit bonbon estival, c’est de lire un livre de Marcel Pagnol. Bon, j’ai commencé par la trilogie Marius-Fanny-César, mais pas dans le bon ordre. Cet été, j’ai lu César… Sans avoir encore lu Marius. Mais que ça fait du bien cet accent chantant qu’on entend en lisant. Mais que ça fait du bien…
Et puis, une histoire de secret de famille à révéler pour éviter qu’il ne soit dit par les mauvaises personnes, de délai sous lequel le faire. Ça ne peut que taquiner une biographe !
Mon auteur précis
Il est en passe de devenir un de mes auteurs contemporains favoris… Philippe Besson. Je l’ai découvert il y a seulement deux ans avec Ceci n’est pas un fait divers et depuis, je me rattrape petit à petit. Cet été, j’ai lu, pile 40 ans après les faits relatés, Un soir d’été. Quand je dis pile, c’est que j’ai lu le livre entre les 19 et 20 juillet 2025 et que la disparition a eu lieu dans la nuit du 19 au 20 juillet 1985. Des vacances annuelles à l’île de Ré, des copains retrouvés, des nouveaux rencontrés et tout bascule. Ce que j’aime chez Besson, ce sont ses textes précis, jamais un mot superflu, une histoire pointue. Bref, j’adore !
La surprise
J’ai découvert Caryl Férey, que je ne connaissais absolument pas, dans La Grande Librairie. Et chose rare pour être soulignée, j’ai foncé acheter son livre tellement ma curiosité avait été titillée.
Sa spécialité : des thrillers sur fond d’écologie. Alors, j’ai voyagé aux îles Féroé aux côtés de deux activistes de l’ONG Sea Shepherd, échoués là alors que leur bateau s’était disloqué – je n’en dis pas plus. Sauf qu’un Grindadráp, une chasse traditionnelle à la baleine, qui a donné son nom au livre, venait d’avoir lieu, dans des proportions extravagantes et que le chef du Grind avait été retrouvé mort. Le flic, Soren, mène l’enquête. C’est palpitant et en même temps très instructif quant aux enjeux qui concernent les fonds marins et aux distorsions entre les différentes sections de Sea Shepherd. Passionnant !
Petite pensée pour la correctrice ou le correcteur qui a dû bien s’amuser…
L’envie qui ne me lâchait pas
J’avais entendu parler de Betty il y a quelques temps dans la chronique réservée aux libraires dans La Grande Librairie. Je ne l’avais pas lu encore parce que j’avais été très secouée pour My Absolute Darling, certes pas du même auteur, mais chez le même éditeur et j’avais entendu que celui-ci brassait aussi. Cet été, j’ai rencontré Betty, sa “différence” physique et ce qu’elle subit, sa famille, la “malédiction” qui la frappe, les belles histoires de son père, indien Cherokee, améliorant ainsi le quotidien, le rendant moins insoutenable, plus poétique, qui dit au détour d’une conversation :
“Je trouve qu’une petite dose d’histoire à raconter complète le remède.”
Ce livre, qui retrace de manière romancée la vie de la mère de l’autrice, nous emmène en voyage dans les grands espaces américains, nous amène à la découverte de traditions, de croyances, de transmissions mais aussi de souffrances, de sidération, d’amour surtout et de nécessité de raconter. Avec cette pensée en arrière plan :
“Raconter une histoire a toujours été une façon de réécrire la vérité. Mais parfois, être responsable de la vérité est une façon de se préparer à la dire.”
Moi qui suis assez fan des livres de Jim Fergus et Jim Harrison, moi qui suis forcément touchée par les histoires familiales, j’ai été comblée.
La merveille
Ce livre est ma pépite de l’été et, avec La Petite bonne de Bérénice Pichat, il est sur le podium de mes favoris de l’année. Ce roman, c’est Le Rêve du pêcheur d’Hemley Boum. Encore une autrice que je ne connaissais pas. Et c’est à Laurence, une des deux comparses de la librairie La Baignoire d’Archimède à Brive – c’est auprès d’Élodie, la co-gérante, et elle que je suis bénévole tous les ans à la Foire du livre – que je dois cette lecture. Je lui avais demandé conseil pour ma grand-mère à l’occasion de Noël et elle m’avait proposé cela. Grand bien lui en a prit.
Il y a de la saga, de la transmission, de la culture camerounaise, de la tradition, de l’évolution sociétale avec l’arrivée des biens de consommation dans le pays et ce que cela a engendré - pas que du bien, bien entendu. Il y a de l’Histoire, de la psychologie, du dépaysement. Par bien des aspects, il m’a fait pensé à Kukum, ce magnifique livre de Michel Jean dont l’intrigue se passait elle au Canada, à la fin du XXe siècle. Dans Le Rêve du pêcheur, la transformation est plus récente, mais les deux livres se font sérieusement écho.
Surtout, il y a une écriture magnifique, un langage soutenu, des phrases longues et jolies avec du rythme, de la douceur et de la poésie. L’autrice est camerounaise. Michel Jean est québécois. Leur français est bien plus soutenu que dans nombreux livres que j’ai pu lire par ailleurs.
Petite dédicace à la personne qui m’a envoyé cette magnifique carte ! Elle m’est arrivée à point nommé.
Pour terminer, une question : comment faites-vous après un livre que vous avez adoré ? Comment faites-vous pour le quitter et en ouvrir un autre ?
Et une réflexion : je me demande comment mes lectures du moment influencent les textes que j’écris pour mes clients. Certes, je suis guidée par leur voix, leur histoire, leurs “tics” qu’il m’appartient de disperser – ou pas. Mais je suis quasiment certaine que la biographie que j’ai écrite en même temps que je lisais Le Rêve du pêcheur a plus de poésie et de douceur que si j’avais lu un autre roman. Ou bien… Il n’y a pas de hasard et ce livre m’est arrivé au bon moment…
J’ai 4 heures ! 😅
C’est un peu une fausse reprise, le standard de la newsletter n’est pas respecté, mais une nouvelle avant de vous laisser !
Avis aux Limougeauds ou à ceux qui voudraient faire le déplacement, je refais une “rencontre-conférence” sur la biographie ! Ce sera le samedi 4 octobre prochain, toujours au tiers-lieu le Bâtiment 25 - 64 Rue Armand Barbès, 87100 Limoges - de 9 h 30 à 11 h 30.
Oui, la dernière fois, ça a duré beaucoup plus de temps que prévu !
Il y a toujours 15 places.
C’est toujours sur réservation : vous pouvez répondre à ce mail ou m’appeler/m’envoyer un message au 06 18 42 04 22.
À très vite !






Moi je me dis que c’est comme la gastronomie, si d’un on ne choisit pas et de deux on consomme trop on risque l’indigestion.
Je suis une petite lectrice et l’été n’est pas, pour moi davantage propice aux temps de lecture mais je prends plaisir à lire ta newsletter et tes réflexions et je dois bien avouer que ça m’a manquer cet été 😊
Bon, en revanche, je suis super influençable alors je ne lirai pas « changer l’eau des fleurs » rhooooooo ! Bravo Amélie !