Une image cohérente ?
Quand ces derniers jours, la question de l'image se fait omniprésente dans ma tête !
Bonsoir chacun, chacune !
Que je suis heureuse de vous retrouver en cette fin de mois de janvier ! D’aucuns l’adorent parce qu’il est signe de nouvel élan, de nouveautés, de projets. D’autres le trouvent long, triste, voire interminable. Les derniers le considèrent seulement un mois comme les autres.
Ce qui est certain, c’est que mon mois de janvier n’aura ressemblé à aucun autre puisque j’ai vécu un événement qui ne se reproduira peut-être jamais dans ma vie : être remerciée par une autrice, devant un large parterre d’invités, de ma participation à son livre… à savoir l’avoir débloquée du syndrome de la page blanche et avoir corrigé son texte avant qu’elle ne le fasse parvenir à des maisons d’édition et qu’il ne continue sa vie, qu’il ne connaisse des modifications.
Cela étant, cette collaboration, et surtout le fait que je l’ai rendue publique, a généré bien des questions existentielles.
Cette autrice, pour ceux qui ne vont pas sur les réseaux sociaux, c’est Margaux Mulliez, la petite fille de Gérard Mulliez, le fondateur d’Auchan, entreprise qui a financé, en résumé, le développement de Decathlon, de Flunch, les rachats de Boulanger et Leroy Merlin, entre autres.
Mais voilà ce qui se passe dans ma tête : « Dis donc, ce type de consommation – les hypermarchés, les centres commerciaux – ne serait-il pas à l’opposé de ce que tu pratiques ? des gestes écolos que tu partages dans ta newsletter ? Ce n’est pas toi qui vas, en alternance avec ta voisine, directement chez le maraîcher ? Ce n’est pas toi qui vas chez le boucher, le boulanger, acheter tes livres en petite librairie indépendante et qui as même acheté ta dernière plaque de cuisson chez le dépanneur du quartier, etc. ? Ce n’est pas toi qui détestes prendre ta voiture pour aller dans ces zones excentrées dont il a finalement été le précurseur ? Et tu racontes que tu as participé à ce livre d’une personne qui a créé un empire commercial ! »
(Je précise que je suis néanmoins comme tout le monde, cliente à un moment donné et que je me rends des fois dans ces centres commerciaux…)
Alors cela me permet de revenir sur des points centraux du métier à double casquette que je pratique, la biographie et la correction.
Comme souvent, ici, les points de départ sont une rencontre, une entente superbe entre deux personnes, Margaux et moi, et un respect immense pour le travail biographique qu’elle a réalisé sur son grand-père, qu’elle connaissait mal. Elle est à l’image de tous les narrateurs que je croise : nous devons très bien nous entendre pour que la collaboration soit productive, efficace et joyeuse.
Cela vient en prolongement du point précédent. Toutes les vies méritent d’être écrites, connues de vos descendants : si vous ne le faites pas vous-mêmes, ils se poseront des questions ! Au-delà d’être une Mulliez, elle est une petite-fille. Au-delà d’être Gérard Mulliez, il est un père et un grand-père. Elle voulait le découvrir.
Comme souvent, biographes et correcteurs, nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec tout ce qui est écrit dans un livre, par tout ce que nos narrateurs racontent. Le meilleur exemple étant, je pense, d’avoir écrit pour des personnes de divers bords politiques…
Tant qu’ils ne tiennent pas des propos dépassant l’entendement ou répréhensibles par la loi, ou encore diffamatoires. J’ai refusé un seul projet car les propos que le prospect entendait me faire écrire étaient ignobles.
Comme toujours, le but est de comprendre et bien souvent de se laisser surprendre, d’arriver sans aucun a priori. Et là, je vous garantis que le « protagoniste » Gérard Mulliez est surprenant à plus d’un titre. Je n’aurais jamais cru un tel grand patron fonctionner ainsi ! Tout comme je me laisse happer par les habitudes diverses et variées des personnes qui me font confiance pour écrire leur vie. Et comme lorsque nous sommes simples lecteurs, nous faisons valser certaines de nos idées reçues…
Une (auto)biographie est plus souvent un espace dans lequel les zones d’ombre de la personne côtoient sa lumière, où elle est montrée avec ses qualités, ses défauts, ses forces et ses failles. Et Margaux n’a pas manqué d’interroger son « Daddy » – ainsi que tous les autres témoins – sur tous ces aspects.
Enfin – quoiqu’il y aurait bien d’autres choses à dire – une biographie, d’autant plus d’une personne qui a 95 ans cette année, qui a démarré ses projets en 1961, est aussi un cours d’histoire, une remise en contexte dans une époque qui était totalement différente, avec des considérations qui n’étaient pas les mêmes que celles de maintenant. En relisant le livre, je me suis rendu compte à quel point il faisait écho à celui de mon client, P.M., un entrepreneur local. Les récits se répondent et se complètent.
Alors oui, je suis fière de connaître Margaux – qui est une perle ! –, de l’avoir accompagnée dans sa démarche, de lui avoir apporté des suggestions, d’avoir supprimé les coquilles et pas seulement, même si je ne suis pas une fervente supportrice des hypermarchés !
Et vous l’aurez compris, lisez ce livre ! Il est vivant, très bien écrit, utile pour comprendre les époques commerciales dans lesquelles ces enseignes se sont construites, vraiment drôle lors de certains passages, et accessoirement, il pourrait presque servir de manuel d’apprentissage du commerce, même si, comme le répète Gérard Mulliez : « Le commerce ne s’apprend pas dans les livres ! »
Par contre, il va falloir patienter encore un tout petit peu, parce qu’il ne sera disponible en librairie que le 4 février, aux éditions Grasset.
Les livres du mois
Alors que j’ai eu l’honneur d’avoir le livre en avant-première et qu’il n’a pas eu le temps d’atteindre ma pile, je n’ai pas lu que Gérard Mulliez, L’Épopée du fondateur d’Auchan ce mois-ci. Il y eut aussi :
La Délicatesse, de David Foenkinos. Pour ma première lecture de l’année, je voulais de la légèreté. Si elle était bien là, amenée par ces pas de côté – informations parfois vraiment inutiles mises en exergue – que David Foenkinos sait si bien pratiquer, c’était pour atténuer la difficulté du deuil. C’est un roman à la fois sur la reconstruction, la rencontre de personnes que tout oppose et sur les ragots, les bruits de couloir, les comportements déplacés, un roman dans lequel on suit Nathalie, dont la vie rêvée s’écroule un dimanche après-midi lorsque son mari part faire un footing…
Chanson douce, de Leïla Slimani. Je n’avais encore jamais lu de livre de Leïla Slimani, que j’écoute à chaque fois qu’elle passe dans La Grande Librairie. Je trouve cette femme d’une intelligence et d’une pertinence folles. Inconsciemment, avais-je peur de ne pas être une lectrice à la hauteur ? Et puis, ce livre, en face de moi. Son écriture m’a percutée. L’intrigue, on n’en sort pas indemne. La chute, elle nous la donne dès le début : la nounou a assassiné les enfants qu’elle garde à domicile. Nous sommes loin du thriller, du polar. Nous sommes dans le roman psychologique : quels sont les mécanismes – les enjeux de son système familial comme de celui de ses patrons et du relationnel qui s’était créé entre eux –, qui l’ont conduite à cet acte irréparable ? Magistral.
La Mémoire du thé, de Lisa See. Alors Lisa See, c’est ma grand-mère qui me l’a fait connaître. Du temps où elle faisait ses courses toute seule, elle allait à la brûlerie acheter son café et à la maison de la presse acheter des livres. Dont Fleur de Neige, qu’elle m’avait prêté il y a trèèès longtemps et dont je ne me souviens absolument pas. Mais depuis, nous avons lu plusieurs livres de Lisa See, autrice américaine d’origine chinoise qui campe toutes ses intrigues entre ces deux pays. L’écriture n’est pas celle de Leïla Slimani, c’est certain, mais c’est toujours extrêmement documenté, précis et instructif sur un point précis de l’évolution de la Chine. Ici, nous suivons Li-Yan, de son enfance dans son peuple Akha, à sa vie d’adulte bien plus occidentalisée. Nous découvrons toutes les traditions de son ethnie, ce qu’elles l’ont conduite à faire, les incompréhensions mais aussi tous les bouleversements liés aux modifications profondes qu’a connues la Chine. Sans compter toutes les réflexions autour de l’adoption qui ponctuent la deuxième partie du roman…
Mais le livre qui aura marqué mon mois de janvier, ce n’est finalement aucun de ceux que j’ai cités. C’est celui-ci :
Quand je l’ai eu terminé, j’ai eu du mal à le reposer sur ma table. Je l’ai tenu un moment, caressant la couverture, comme si j’allais transmettre quelque chose à son autrice, comme si je pouvais la remercier de la lumière qu’elle transmet à ses lecteurs par ses mots alors que son histoire est terrible.
Anne-Dauphine Julliand, journaliste et essayiste, je l’ai découverte, encore une fois, dans La Grande Librairie. Et comme dirait une amie, elle m’avait scotchée. Sa dignité, son sourire. Je voulais partager avec vous le lien vers l’extrait, mais YouTube est récalcitrant, je ne peux pas.
Alors voici la fin de ce que l’on peut appeler l’avant-propos :
« J’ai déjà tout raconté, tout écrit. J’aurais dû m’arrêter là, garder pour moi ce qu’il nous restait à vivre. Mais Gaspard est mort. La veille de ses vingt ans.
Il n’y a rien à écrire. Et pourtant, j’écris. Parce que je suis en vie. Pour ceux qui sont en vie. J’écris, au nom de tous les miens. Ceux Là-Haut et ceux ici-bas. J’écris le lien. J’écris ce qui nous maintient. J’écris la vie. »
Anne-Dauphine Julliand est maman de quatre enfants, Gaspard, Thaïs, Azylis et Arthur. Thaïs et Azylis sont décédées successivement d’une même forme de leucodystrophie. Elles avaient respectivement 3 et 10 ans. Elle pensait avoir tout vécu. Et Gaspard est mort. Il s’est ôté la vie à la veille de ses 20 ans.
Et avec ce court texte, elle raconte une succession de scènes du quotidien, un ensemble de détails dans lesquels la vie reprend pour ceux qui restent, notamment son dernier fils, Arthur.
Et elle réussit un tour de force incroyable : si la gorge se noue en lisant, elle nous fait nous sentir bien, sans jamais donner de leçon.
Elle ajoute de la vie aux jours.
Et pour ceux qui ont un compte Instagram, suivez son compte, il est lumineux.
Ah, et puis, cette couverture est si belle… Je ne savais pas à quoi elle ressemblerait, mais je savais pourquoi j’attendais la version poche.
Et j’espère que vous ne m’en voudrez pas, mais ce mois-ci encore, pas de geste écolo. Je veux juste terminer cette lettre sur l’évocation de ce livre…
Excellente fin de janvier à vous rendez-vous le mois prochain, si vous le voulez bien !




Ma chère Amélie, même si je regrette "tes gestes écolos" qui tantôt me faisaient sourire, tantôt m'inspiraient... j'ai -pour la première fois- la ferme intention de partir à la quête de ce livre "ajouter de la vie aux jours" tant pour ton retour que pour l'extrait que tu livres. Moi, l’addict des boites à livres et des lectures "hasard" qui en découlent !