Comme un sentiment de perplexité...
que je ne suis pas la seule à ressentir.
Bonsoir chacun, chacune,
Bien heureuse de vous retrouver, un mois s’est déjà écoulé… Et pendant celui-ci, j’ai vécu un moment assez fou. Je partais un peu perdante, pas vraiment rassurée sur le choix que j’avais fait de m’inscrire en tant qu’exposante au premier salon des Séniors de la Haute-Vienne, au Zénith de Limoges s’il vous plaît, pour présenter mon métier. Et j’avais eu bien tort, car que de belles rencontres j’ai faites pendant deux jours !
Il y a même un couple qui a fait plusieurs fois le tour du salon, et qui a patienté pour me voir, moi, la biographe ! J’étais éberluée !
D’ailleurs, parmi toutes ces personnes avec qui j’ai discuté, vous êtes un peu plus d’une vingtaine à avoir rejoint le lectorat de cette infolettre mensuelle. J’espère sincèrement qu’elle vous plaira.
Ici, comme chaque mois, vous trouverez un coin métier, un coin lecture et un geste écolo (enfin ça, c’est presque chaque mois).
Bonne lecture aux nouveaux comme aux anciens lecteurs !
Le coin métier
Regard biaisé parce que je ne suis pas formée ? Bousculée dans mes certitudes ? « Heurtée » par le choix des journalistes ? Réellement un choix des journalistes ou est-ce ce qui est véhiculé par les praticiens (je ne le crois pas) ?
Toujours est-il qu’après avoir reçu plusieurs « Regarde vite, allume ta télé, ils parlent de biographie hospitalière sur France 2 », j’ai visionné les reportages et en suis ressortie perdue.
Si je trouvais merveilleuse la mise en lumière de cette pratique pleine de sens, je me demandais quand même ce que percevaient les personnes qui ne connaissent absolument rien à la biographie, qui la découvrent par ce biais.
C’est certainement lié à l’angle de tournage choisi, mais devant mon écran, à chaque fois, j’ai eu cette sensation étrange que l’on nous expliquait que seuls les malades en soins palliatifs ou en oncologie se révélaient avoir une vie à raconter. Que leur possible mort prochaine mettait subitement au jour la richesse de leur vie. Que seuls les descendants de ces personnes avaient besoin de connaître l’histoire de leurs parents. Que la biographie était un acte toujours gratuit pour la personne qui raconte, qui laisse une trace.
Perturbée, j’ai échangé par mail avec une consœur qui ne pratique quasiment que la biographie hospitalière (mais qui réalise aussi des biographies privées). Comment aborder le sujet sans choquer ? Elle m’a répondu que mon interrogation était totalement légitime, que j’avais vraiment le droit d’exposer mon questionnement, qu’elle n’était absolument pas choquée, elle, que ça me taraude. Elle validait à 100 % mon idée de post ou de newsletter. Nous étions alors en novembre 2025.
Mais voilà, je suis restée bloquée. Impossible d’en parler. Quel angle adopter ?
Salon des Séniors, 5 et 6 février 2026. Dans les moments creux, je lisais J’écrirai votre histoire, roman de Claire Léost tout juste sorti en librairie, dont le thème principal est justement la biographie hospitalière. Entre autres, un médecin véhicule cette idée, lorsque son propre père veut commencer à écrire sa vie alors qu’il n’est pas malade : « Mais il ne va pas mourir », sous-entendu, il ne va pas mourir demain… Doit-on attendre d’être prêt à mourir pour écrire ?
Puis est arrivée devant moi N., enthousiaste et sourire aux lèvres : « Ah ! Je suis contente de trouver quelqu’un de ce métier ici ! Justement, j’ai envie d’écrire ma biographie depuis quelques années, mais tous les reportages que l’on voit ne parlent que de biographie hospitalière. Mais je ne vais quand même pas attendre d’être sur mon lit de mort pour raconter ! »
Depuis, nous nous sommes revues, nous avons commencé les interviews – et vous ne saurez rien d’autre d’elle ! – et nous avons de nouveau évoqué le sujet. Sans remettre en cause l’utilité dans le soin – elle est absolument consciente du confort que cela apporte, tout comme moi – cette idée d’attendre, d’être dans l’urgence et donc peut-être de ne pas avoir le temps de dire ce qu’elle souhaite la dérange. Alors elle commence dès maintenant.
Parce que, comme le répond quand même la biographe au médecin dans le livre, « Ça lui donne un nouveau projet ». Parce qu’avoir écrit et transmis ne la fera pas mourir. D’ailleurs, elle a sacrément le temps pour ça !
Bien sûr, comme pour nous tous, un jour, sa vie s’arrêtera, peut-être sans avoir croisé de biographe hospitalier. Et sa famille aura son histoire. Et si elle en croise par nécessité, elle pourra toujours raconter la suite de sa vie, son recul nouveau sur certains événements, son dernier message. Pour vivre fort jusqu’à son dernier jour. Ou laisser sa place parce qu’elle aura déjà son livre, et qu’elle pourra parcourir les pages de son existence. Ce sera son choix, si elle l’a.
Les biographies hospitalière et familiale/privée sont complémentaires, la biographie hospitalière est une « spécialisation » de la biographie et je trouve que ce n’est peut-être pas assez dit, que l’on expose l’une d’une manière trop exclusive de l’autre… D’ailleurs, c’est ce que j’ai expliqué à N., nombre de mes confrères et consœurs exercent dans le cadre des deux formes de biographie.
Aparté : au salon, deux intuitions/informations se sont confirmées : le nombre de personnes qui veulent laisser une trace de leur passage sur Terre à leur famille est très important – qu’elles le fassent seules ou accompagnées – et le nombre de personnes qui ne savent pas que le métier de biographe existe est quasiment aussi important… Ça donne de l’espoir !
Pour mémo si vous me suivez depuis longtemps, et pour info si vous me rejoignez…
Il y a quelques mois, j’avais justement déjà évoqué le sujet de la biographie hospitalière en parlant du projet de Camille Lorgue, qui va la proposer en partenariat avec la Polyclinique de Limoges.
Pour ceux qui ne connaissent pas du tout, vous y retrouverez quelques particularités de la démarche.
Et vous pouvez toujours soutenir son projet ici, parce que sans dons, sans financements, la biographie hospitalière n’existe pas. Parce que oui, si c’est un soin gratuit pour le patient, les biographes, eux, au même titre que les soignants, ne sont pas bénévoles. C’est un métier qu’ils pratiquent, pour lequel ils sont formés. Et les hôpitaux qui salarient leur biographes hospitaliers sont rarissimes.
Le coin lecture
Quand je pense que l’idée de départ de cette rubrique était de partager un seul livre par mois… Et que je me trouve à décliner finalement toutes mes lectures !
Le mois dernier, je vous avais quittés sur Ajouter de la vie aux jours d’Anne-Dauphine Jullian.
J’ai poursuivi avec :
Un homme sous l’orage de Gaëlle Nohant. Je concède quelques difficultés à me plonger dedans, car j’avais lu de cette autrice, dont je suis littéralement fan – et pas que de la plume, de la personne aussi, si sympathique, agréable, douce, tout ce que l’on veut –, Le Bureau d’éclaircissement des destins il n’y a pas si longtemps et qu’il m’avait beaucoup marquée. Mais Gaëlle Nohant a cette faculté à ne jamais écrire sur les mêmes époques ni les mêmes lieux et elle nous transporte ici dans les Pyrénées-Orientales, à proximité du château de Valmy et d’Argelès, pendant la Première Guerre mondiale. Les hommes au front, les femmes à l’arrière, et un soir d’orage, un homme sonne à la porte de Rosalie et sa mère. Cette dernière, qui le connaît, lui refuse l’hospitalité et la jeune fille décide de le cacher, ce déserteur. S’en suit un huis clos autour des questions de l’engagement, du secret, du patriotisme, de la loyauté et des sentiments. Avec, en creux, l’art.
J’écrirai votre histoire de Claire Léost. Je l’ai déjà rapidement évoqué dans le coin métier ; ce livre a pour sujet la biographie hospitalière en suivant Olga, à l’initiative du projet à la Timone à Marseille, « mutée » pour quelques mois à Fontainebleau dans un service prêt à être fermé. Si le livre est instructif sur le métier de biographe hospitalier – quoiqu’une consœur m’a dit être un peu surprise par certains éléments –, si l’on s’imagine bien l’accueil sceptique de certains médecins quant à cette pratique, s’il informe bien sur les difficultés financières de nombre d’hôpitaux et les confrontations direction – équipes médicales, le traitement de certains sujets m’a paru tantôt vague, tantôt mal amené, tantôt carrément déplacé dans une fiction qui porte sur un tel thème. Il y a pour moi trop de sujets qui éloignent de la biographie hospitalière alors qu’il y aurait déjà tant à raconter. Par contre, il montre bien, et je suis certaine que c’est la réalité, le bénéfice de cette pratique sur les patients qui en bénéficient. Et c’est ce que j’ai décidé d’en retenir.
Une saison de colère de Sébastien Vidal. Extrêmement déçue, triste pour l’auteur, et bon rappel qu’un livre n’est pas qu’un texte, que le fond peut-être très bien écrit, très documenté, avec un vocabulaire soigné, mais que le « paratexte » peut tout gâcher. Sébastien Vidal est corrézien, ancien gendarme et je l’ai rencontré à la dernière Foire du livre après maintes recommandations bienvenues de ma copine/consœur Valérie (elle se reconnaîtra), qui le connaît très bien. Son intrigue, localisée à Lamonédat, ville fictive de 5 000 habitants en Corrèze, sur fond de protection d’une forêt menacée de destruction pour construire de l’hôtellerie de luxe et de lutte pour conserver une usine ouverte est très bien menée. Un texte au passé simple – j’adore –, des personnalités fortes, des meurtres, bref, que de bons ingrédients. Mais le travail éditorial a rendu la lecture laborieuse : texte mal corrigé – il ne peut pas en être autrement –, mise en page peu soignée et perturbante, choix d’une encre d’impression qui générait des bavures sur le papier. La qualité du papier, elle, ne m’a pas dérangée. Mais un livre, c’est un tout et c’est vraiment dommage quand le texte est desservi par ce qui est produit autour.
Vous parler de mon fils, de Philippe Besson. La claque du mois. Depuis, j’ai du mal à passer à un autre livre, je persiste néanmoins (correction ce matin lors de la dernière relecture, une semaine après avoir terminé ce livre, j’arrive enfin à rentrer dans le suivant). Nous sommes à la fin du mois de mai. Vincent, sa femme, son plus jeune fils se lèvent pour une journée particulière, celle de la marche blanche organisée pour Hugo, l’aîné, qui s’est donné la mort à force de souffrances, à force d’un harcèlement incessant par deux élèves de son collège. Quatre temps dans le livre : le lever, l’arrivée des beaux-parents de Vincent, la marche, la fin de la journée. Et tout du long, nous sommes dans sa tête, il nous parle, le « vous » est employé, le lecteur est alpagué, interpellé. Vincent se remémore tout, les mensonges, l’intuition de sa femme, les croyances, le proviseur, les autres parents, les façons différentes de vivre l’événement… Il observe les réactions et surtout, il navigue dans les interstices de sa culpabilité. C’est du Besson. C’est précis, pas un mot n’est inutile, pas un mot n’est superflu. C’est une fiction on ne peut plus réelle. C’est un livre dont la lecture devrait être obligatoire. C’est un livre qui m’a fait bien plus peur pour mes enfants, qui sont au collège, que tout ce que j’ai pu voir en reportages, publications, etc. L’immersion dans un texte, le poids des mots et du temps long de lecture…
Depuis donc, j’ai commencé Le Gang des clés à molette. Affaire à suivre.
Le geste écolo
Je n’ai jamais abordé le sujet, car un peu comme pour la biographie hospitalière, je ne me sens pas légitime, je ne suis pas experte et je crois que je pourrais m’emballer. Mais au fond de moi, j’avoue, je boue devant l’utilisation que je juge (ce propos n’engage donc que moi) complètement démesurée de l’IA. Cela m’inquiète, m’effraie au plus haut point tant pour des raisons éthiques (les utilisateurs balancent une quantité d’informations folle), qu’intellectuelles (selon l’utilisation, bien entendu), que, bien sûr, écologiques.
Petit rappel :
pour une requête simple, réalisable en plus bien souvent par moteur de recherche classique, ChatGPT consomme 10 fois plus d’eau que Google (je ne fais pas la promo de Google, il existe même des moteurs de recherches plus écolos, auxquels je ne suis pas passée ; sources d’informations diverses dont Polytechnique insights) ;
pour une génération d’image, c’est entre 2 et 5 l d’eau consommés pour le refroidissement des serveurs, selon l’université de Carnegie Mellon,
pour qu’il réponde à une question, c’est 500 ml d’eau environ (même source).
Dit comme ça, ce n’est rien. Multiplié par les milliards de requêtes, ça commence à faire beaucoup. Et surtout, pour quelle utilité réelle ? Quand je vais sur LinkedIn ou Insta, par exemple, je ne vois pas des illustrations de posts, je vois des litres d’eau gaspillés.
Alors, c’est comme le reste, avant de commencer, de chercher, d’y entrer, il suffit parfois de se demander : « Ai-je vraiment besoin de passer par une IA pour ça ? »
Et comme de bien entendu, je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, mais c’est comme pour tout, j’ai l’impression qu’on a oublié un des mots les plus importants du dictionnaire, à mon sens : parcimonie !
P.-S. Je viens de découvrir que je serais une « végan de l’IA ». Il faut visiblement un terme pour tout !
Avant de vous laisser pour traverser ce mois de mars dans lequel on ne trouvera ni galette, ni crêpes, ni bugnes/merveilles, ni chocolat (officiellement 😅), j’avais une petite question…
Que pensez-vous de transformer le geste écolo du mois en la bonne nouvelle du mois ? Eh oui, je réfléchis à une évolution de la missive mensuelle ! Dites-moi en répondant au sondage, en commentaire, par retour de mail, par texto, ou même par pigeon voyageur !
En attendant, je vous donne rendez-vous le 25 mars prochain…





Donc il s'agit du livre de Sebastien Vidal dont tu me parlais ce matin. Tu ne lui as pas soufflé mon nom au salon pour son prochain roman et qu'il passe à l'autoédition ? 😁
Je fais partir de suite un pigeon : la bonne nouvelle du mois !
Il consomme combien mon pigeon dans cette histoire ??